Ce post ne va pas être emprunt de joie et bonheur, mais il faut que j'avance là-dessus, ça me cause des soucis annexes dans ma vie privée. Et encore plus dans mon état actuel, les vacances aidant,
je m'emmerde comme un rat mort dans une piscine vide.
Et donc je ressasse. Et donc je rumine.
Et donc ça macère.
2001 fut pour moi une année pourrie. Pas de travail. Plus d'études. Pas de vie sentimentale. Personne sur qui me reposer et m'épancher un peu dans mes déboires. A l'époque j'ai touché le fond (de
ma piscine, sans petit pull, sans rien).
Pourtant j'étais un "gamin". J'avais 23 ans. Tout devant moi, du moins toute ma vie. Mais je pédalais dans la semoule. Je n'arrivais plus à rien. D'un jour à l'autre, lorsque je relisais ce que
j'avais écrit, ou lorsque je regardais ce que j'avais dessiné, je n'y voyais que le néant. Rien. De la perte de temps totale. J'ai perdu à cette époque une grande partie de ma confiance en moi.
Et j'ai voulu y mettre fin.
J'ai tenté d'y mettre fin.
Je n'avais personne pour retenir mon bras, ni mon âme. Ma famille était constament absente, mes amis étaient loin. Trop loin.
De toute façon lorsque mes parents étaient là, c'étaient pour me rabaisser encore plus. Donc ils étaient mieux absents.
La compilation de plusieurs choses a fait que je n'avais plus aucune attache. Et aucune envie d'en avoir.
Alors j'ai voulu régler le problème. Rien ne me retenait.
Et finalement je n'ai pas trouvé le courage. Ou en tous cas quelque chose m'en a empéché au dernier moment. Et ce quelque chose c'est qu'à lépoque, dans l'ennui complet, je me suis replongé dans
mes comics. Et l'envie est revenu.
Ma Muse, à l'époque, est revenue.
Et j'ai produit pas mal à ce moment.
Et cette Muse je l'ai retrouvée dans les travaux de Michael Turner.
Grâce à eux, j'ai mis de coté cette détresse qui me harcelait, et j'ai trouvé une raison de rester.
Un moment en tous cas.
Et puis la fin de l'année 2001 a été encore plus atroce que le reste. Pour les mêmes raisons. Mais je m'accrochais à ce que j'avais retrouvé. Quand, après une crise puérile, mon père m'a
explicitement fait comprendre "qu'il allait brûler mes BD pour que je serve enfin à quelque chose", alors mon sang n'a fait qu'un tour.
Et je suis parti. Dans la nuit. Avec mes comics. Parce qu'il n'était pas question que je lui laisse ma Muse.
2002 commence donc sur les chapeaux de roue. Mes parents mettent deux bonnes journées à s'apercevoir de ma disparition. Peu m'importe.
Je vis une relation sentimentale agrémentée de squat chez la personne en question, et elle finira mal, dans les mensonges, la tromperie, et la malhonnêteté. Mais je prendrais sur moi pour
l'après.
Et je pars pour Paris. Malheureusement, je pars à la base pour quelques jours, ou semaines, et seul, sans mes comics. Et entre temps, la pute (car il n'y a pas d'autres mots) avec laquelle je serai
sorti disparaitra dans la nature, avec mes affaires jetées à la poubelle.
Sans rien me dire.
Au moins je l'aurais appris par des connaissances communes avant de retourner là-bas. Et d'avoir la surprise.
Alors je décide de rester sur Paris, et de reprendre ma collection là où je l'avais arrétée. Et je me suis dis que, plus tard, quand j'aurai un boulot stable, je pourrai me préoccuper de ce que
j'avais perdu.
Mais à mon corps défendant, rien ne se passe comme j'aurais voulu dans ma tête, et les envies de ne plus avoir envie reviennent.
Et là je passe à l'acte. Enfin. Histoire d'être débarrassé de cette aura de merde.
Aura tellement pourrie que finalement je vais me rater (on s'en sera douté). Même pas sauvé par autrui, juste raté.
Comme une merde ça aussi.
Et c'est là que tout va s'embrayer.
A l'époque mon site était le seul existant et complet sur Michael Turner et ses travaux. Et à cette époque Michael Turner va décider de partir de chez Topcow pour créer sa propre boîte. Et ça ne se
fera pas sans heurts, l'ancienne boîte voulant garder ses créations, les seules lui rapportant assez de tune pour survivre à elle aussi.
Et Turner et son équipe trouveront un seul porte-voix, mon site, et donc moi.
Et ils ont tous vite compris que j'avais une grande gueule qui faisait facilement mouche. Et mal.
Toujours est-il qu'à l'époque il y a eu une fission entre les lecteurs de chez topcow, et pas mal m'ont suivi, et donc suivi Michael Turner sans aucun remord et regard en arrière.
Et lui et son équipe y ont trouvé le support suffisant pour se relancer.
Et par là même, moi aussi. Pour la confiance qu'on m'a accordée. Et pour la réussite qui en a découlé.
Et donc à l'époque, j'ai trouvé la force de surmonter ma faiblesse. Et, juste au cas où elle risquait de frapper de nouveau, je me suis fait une promesse, seule garantie contre une probable rechute
:
Quelque soit mon état, quelles que soient mes peurs, je ne descendrais plus jamais aussi bas avant d'avoir terminé la collection complète des travaux de Turner.
Ca peut paraître très bête, mais il était tellement productif que je savais d'avance ne pas prendre de risques avant sa retraite.
Parce qu'à l'époque, il venait à peine d'apprendre pour son cancer des os, et qu'à l'époque les soins étaient estimés suffisants pour l'en débarrasser.
Parce qu'à l'époque, il ne faisait pas de graves rechutes constantes. Et ce tout en n'en parlant jamais vraiment, en ne se victimisant pas avec.
Parce qu'à l'époque il n'était pas mort, et donc pas contraint à ne plus rien produire.
Parce qu'à l'époque il était mon rêve et, oui, ma raison de vivre.
Parce qu'inconsciemment, il avait toujours été là quand j'étais plus bas que terre, et qu'il m'avait relancé sans le savoir.
Parce que c'est en voulant protéger ce que j'avais de lui, ce qui m'inspirait, que j'ai quitté ma famille et que j'ai pu me construire.
Parce qu'en fait, c'est uniquement gràce à lui que j'ai pu vivre.
Et forcément, son décès, plus que la perte d'une simple idole, c'est vraiment la perte d'une partie de moi. Malheureusement une partie importante, 10 ans de ma vie à le suivre, 7 à m'en inspirer, à
le respecter.
Et à me retrouver, à me reconstruire, grâce à lui.
A survivre, grâce à lui.
Donc oui, en ce moment, une semaine et demie après, j'ai toujours mal. Moins que les jours suivants, mais encore. Quand j'allume mon PC, j'ai du Turner en fond d'écran. J'ai mon site à mettre à
jour. Ma collection à continuer malgré tout. Et les emails de fans qui passent par moi pour exprimer leur douleur. Des français, des américains, des anglais, des espagnols, des allemands, des
asiatiques.
Etrange de voir comme tout le monde peut être uni dans la douleur.
Et moi j'encaisse.
Et ça a des répercussions sur mon comportement, mon mental, et ma vie privée.
Et de son coté la personne que j'aime a subit bien pire. Et j'essaie d'être là pour ses problèmes. Et les miens me font honte à coté et donc je n'ose pas lui en parler.
Et moi j'encaisse.
Et ça me ronge tout autant.
Et j'ai peur que ça pète et que ça fasse comme avant.
Parce qu'en ce moment, j'ai l'impression d'être de nouveau complètement seul.
Et Turner ne sera plus là pour me sauver par surprise.
Et moi j'encaisse.